Aller au contenu

Guadeloupe · Martinique · Guyane · La Réunion

Les 14 textes qui reviennent dans nos dossiers, expliqués sans jargon. Chacun est accompagné de sa portée concrète : ce qu'il change, en pratique, pour une famille confrontée à une succession bloquée.

Sortir de l'indivision

Ces textes déterminent ce qu'un indivisaire peut décider seul, à quelle majorité, et comment forcer la sortie quand l'unanimité est hors d'atteinte.

Article 815 du Code civil

Nul n'est contraint de rester dans l'indivision

« Nul ne peut être contraint à demeurer dans l'indivision […] à moins qu'il n'y ait été sursis par jugement ou convention. »

Aucun indivisaire ne peut être obligé de rester dans l'indivision : chacun peut à tout moment demander le partage des biens indivis. Ce droit connaît une réserve : le partage peut être différé par une décision de justice ou par une convention d'indivision conclue entre les indivisaires.

Ce que cela change pour vous

C'est le fondement de toute sortie d'indivision. Même si les autres indivisaires refusent, un seul d'entre eux peut provoquer le partage devant le tribunal. Personne n'est prisonnier d'une indivision.

Lire le texte sur Légifrance

Article 815-3 du Code civil

Ce que les deux tiers permettent — et ne permettent pas

« Le ou les indivisaires titulaires d'au moins deux tiers des droits indivis peuvent, à cette majorité : »

Les indivisaires réunissant au moins deux tiers des droits indivis peuvent décider seuls d'une liste limitée d'actes : actes d'administration, mandat général d'administration, vente des meubles indivis pour payer les dettes et charges, conclusion et renouvellement des baux — hors baux agricoles, commerciaux, industriels ou artisanaux. Ils doivent en informer les autres indivisaires, faute de quoi la décision leur est inopposable.

Ce que cela change pour vous

Attention au contresens le plus répandu : cette majorité des deux tiers ne permet pas de vendre un immeuble indivis. L'accord de tous reste exigé pour tout acte de disposition et pour tout acte sortant de l'exploitation normale du bien. Vendre suppose donc l'unanimité, ou le recours à l'article 815-5-1, ou au régime ultramarin.

Lire le texte sur Légifrance

Article 815-5-1 du Code civil

Vendre sur autorisation du tribunal

« atteinte excessive aux droits des autres indivisaires »

Les indivisaires détenant au moins deux tiers des droits expriment devant notaire leur intention de vendre. Le notaire signifie cette intention aux autres dans le mois ; ceux-ci disposent de trois mois pour s'opposer ou se manifester. En cas d'opposition ou de silence, le tribunal judiciaire peut autoriser la vente s'il estime qu'elle ne porte pas une atteinte excessive aux droits des autres indivisaires. La vente a alors lieu par licitation.

Ce que cela change pour vous

C'est la voie de droit commun lorsque l'unanimité est impossible. Elle est écartée en cas de démembrement de propriété (usufruit et nue-propriété séparés) ou si un indivisaire est présumé absent, hors d'état de manifester sa volonté ou sous protection.

Lire le texte sur Légifrance

Loi n° 2018-1244 du 27 décembre 2018, dite loi Letchimy

Le régime dérogatoire outre-mer

« le ou les indivisaires titulaires de plus de la moitié en pleine propriété des droits indivis peuvent procéder »

En Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion et Mayotte, ainsi qu'à Saint-Barthélemy, Saint-Martin et Saint-Pierre-et-Miquelon, lorsqu'une succession est ouverte depuis plus de dix ans, les héritiers détenant ensemble plus de la moitié des droits indivis en pleine propriété peuvent vendre ou partager un bien immobilier indivis devant notaire, sans l'accord unanime des autres. Le notaire notifie le projet aux indivisaires qui n'en sont pas à l'initiative ; ceux-ci disposent de trois mois pour s'opposer — quatre mois si le bien compte au moins dix indivisaires ou si l'un d'eux réside à l'étranger. En cas d'opposition, le tribunal judiciaire peut autoriser l'opération si elle ne porte pas une atteinte excessive aux droits des autres.

Ce que cela change pour vous

C'est le levier le plus puissant dont disposent les familles antillaises, et le plus mal connu. Le seuil tombe de l'unanimité à la moitié des droits. Il est écarté lorsque le bien constitue le logement du conjoint survivant, ou en présence d'un indivisaire mineur, majeur protégé ou présumé absent sans autorisation du juge.

Dispositif borné dans le temps. Applicable aux projets de vente ou de partage notifiés avant le 31 décembre 2038. L'échéance initiale, fixée au 31 décembre 2028, a été reportée par l'article 51 de la loi n° 2024-322 du 9 avril 2024 relative à l'habitat dégradé.

Lire le texte sur Légifrance

Établir qui hérite

Comment se prouve la qualité d'héritier, comment la part d'un défunt passe à ses descendants, et que faire lorsqu'un héritier reste introuvable.

Articles 730 et suivants du Code civil

La preuve de la qualité d'héritier

« La preuve de la qualité d'héritier s'établit par tous moyens. »

La loi n'impose aucune forme particulière : la qualité d'héritier se prouve par tous moyens. En pratique, elle résulte le plus souvent d'un acte de notoriété dressé par un notaire à la demande d'un ou plusieurs ayants droit (article 730-1). Cet acte vise l'acte de décès, mentionne les pièces justificatives et contient l'affirmation signée des demandeurs qu'ils ont vocation à recueillir la succession. Il fait foi jusqu'à preuve contraire et fait présumer les droits héréditaires dans la proportion qu'il indique (article 730-3).

Ce que cela change pour vous

C'est le document que le notaire réclame et que les familles ne savent pas produire. Notre rapport généalogique lui fournit précisément les pièces nécessaires pour le dresser.

Lire le texte sur Légifrance

Articles 751 à 755 du Code civil

La représentation successorale

« La représentation est une fiction juridique qui a pour effet d'appeler à la succession les représentants aux droits du représenté. »

Les descendants d'un héritier qui ne peut plus recueillir la succession viennent à sa place et reçoivent la part qui lui serait revenue. La représentation joue à l'infini en ligne directe descendante — enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants — et, en ligne collatérale, au profit des neveux et nièces et de leurs descendants. Elle n'a jamais lieu en faveur des ascendants.

Ce que cela change pour vous

C'est le mécanisme qui explique qu'une indivision de trois personnes en compte vingt une génération plus tard. À chaque décès non réglé, une branche se subdivise — et le nombre de signatures à réunir augmente d'autant.

Lire le texte sur Légifrance

Articles 112 et 122 du Code civil

L'héritier disparu : présomption et déclaration d'absence

« le juge des tutelles peut, à la demande des parties intéressées ou du ministère public, constater qu'il y a présomption d'absence »

Lorsqu'une personne a cessé de paraître à son domicile sans donner de nouvelles, le juge des tutelles peut constater une présomption d'absence, à la demande de toute partie intéressée ou du ministère public (article 112). Dix ans après ce jugement — ou vingt ans sans nouvelles si aucun jugement n'a été rendu — le tribunal judiciaire peut prononcer la déclaration d'absence (article 122). Une fois transcrite, celle-ci produit tous les effets qu'aurait eus le décès établi et ouvre la succession de l'absent.

Ce que cela change pour vous

C'est l'issue lorsqu'un héritier demeure introuvable malgré des recherches sérieuses. Encore faut-il pouvoir démontrer au juge que ces recherches ont bien été menées : c'est l'objet du procès-verbal que nous produisons.

Lire le texte sur Légifrance

Article 813-1 du Code civil

Le mandataire successoral désigné en justice

« Le juge peut désigner toute personne qualifiée, physique ou morale, en qualité de mandataire successoral, à l'effet d'administrer provisoirement la succession »

Lorsque le règlement d'une succession est paralysé, le juge peut désigner une personne qualifiée pour l'administrer provisoirement. Six situations le permettent : l'inertie, la carence ou la faute d'un ou plusieurs héritiers, leur mésentente, une opposition d'intérêts entre eux, ou la complexité de la situation successorale. La demande peut émaner d'un héritier, d'un créancier, de la personne qui gérait le patrimoine du défunt, de toute personne intéressée ou du ministère public.

Ce que cela change pour vous

Utile quand la succession doit être gérée dans l'urgence — un bien à sauvegarder, des loyers à percevoir, une dette à régler — alors que les héritiers ne s'entendent pas ou ne répondent pas.

Lire le texte sur Légifrance

Article 778 du Code civil

Le recel successoral

« l'héritier qui a recelé des biens ou des droits d'une succession ou dissimulé l'existence d'un cohéritier est réputé accepter purement et simplement la succession »

L'héritier qui dissimule sciemment un bien de la succession, ou l'existence d'un cohéritier, est réputé accepter la succession purement et simplement — et répond donc des dettes sur son patrimoine personnel. Il ne peut prétendre à aucune part dans les biens recelés, qui reviennent aux seuls autres héritiers.

Ce que cela change pour vous

Cette sanction dissuade de « oublier » un frère, une sœur ou un enfant né hors mariage. Dans nos dossiers, la dissimulation est rarement intentionnelle — mais la règle rappelle qu'une dévolution incomplète expose celui qui l'a établie.

Lire le texte sur Légifrance

Le titre et la possession

Comment la possession prolongée fait acquérir la propriété, pourquoi un acte non publié ne protège pas, et ce que deviennent les biens sans propriétaire connu.

Article 2261 du Code civil

Les cinq qualités de la possession utile

« Pour pouvoir prescrire, il faut une possession continue et non interrompue, paisible, publique, non équivoque, et à titre de propriétaire. »

Pour qu'une possession permette de devenir propriétaire par l'effet du temps, elle doit réunir cinq caractères : continue et non interrompue, paisible, publique, non équivoque, et exercée à titre de propriétaire. Si l'un d'eux fait défaut, la possession n'est pas utile et ne fait rien acquérir, quelle qu'en soit la durée.

Ce que cela change pour vous

C'est le caractère « non équivoque » qui fait échouer la plupart des dossiers familiaux : un indivisaire qui occupe le bien de famille exerce un droit d'indivisaire, il ne possède pas pour lui seul. Sa possession ne prescrit donc pas contre les autres.

Lire le texte sur Légifrance

Article 2272 du Code civil

La prescription acquisitive immobilière

« Le délai de prescription requis pour acquérir la propriété immobilière est de trente ans. »

Une personne qui occupe un bien immobilier comme si elle en était propriétaire peut le devenir au bout de trente ans de possession. Ce délai est ramené à dix ans lorsque l'occupant a acquis de bonne foi et en vertu d'un juste titre, c'est-à-dire un acte qui aurait transféré la propriété s'il émanait du véritable propriétaire.

Ce que cela change pour vous

C'est souvent la seule issue pour les terres de famille occupées depuis des générations sans titre publié. La prescription ne joue pas automatiquement : elle se fait constater par acte de notoriété acquisitive chez un notaire, ou par jugement.

Lire le texte sur Légifrance

Décret n° 55-22 du 4 janvier 1955, articles 28 et 30

La publicité foncière

« Sont obligatoirement publiés au service chargé de la publicité foncière »

Les actes qui transfèrent ou créent des droits réels sur un immeuble — vente, donation, partage, échange, servitude, usufruit, baux de plus de douze ans — doivent être publiés au service de la publicité foncière. Faute de publication, l'acte reste valable entre les parties qui l'ont signé, mais il ne peut pas être opposé à celui qui, tenant ses droits du même vendeur, a publié les siens le premier.

Ce que cela change pour vous

C'est la raison pour laquelle tant de biens antillais sont juridiquement fragiles : les ventes sous seing privé et les partages de famille n'ont jamais été publiés. L'acte existe, mais il ne protège personne contre un tiers.

Lire le texte sur Légifrance

Article L. 1123-1 du code général de la propriété des personnes publiques

Les biens sans maître

« font partie d'une succession ouverte depuis plus de trente ans et pour laquelle aucun successible ne s'est présenté »

Deux catégories de biens sont dits sans maître : ceux qui font partie d'une succession ouverte depuis plus de trente ans sans qu'aucun successible ne se soit présenté — délai ramené à dix ans dans certaines zones d'aménagement prioritaire — et les immeubles sans propriétaire connu dont les taxes foncières n'ont pas été acquittées depuis plus de trois ans. Le texte réserve expressément l'application de la prescription acquisitive.

Ce que cela change pour vous

C'est la procédure par laquelle une commune peut incorporer une parcelle abandonnée dans son domaine. Pour une famille, c'est aussi un risque : une succession laissée trente ans sans réclamation peut lui échapper définitivement.

Lire le texte sur Légifrance

Article L. 2243-1 du code général des collectivités territoriales

La parcelle en état d'abandon manifeste

« le maire engage la procédure de déclaration de la parcelle concernée en état d'abandon manifeste »

Lorsque des immeubles, parties d'immeubles, voies privées assorties d'une servitude de passage public, installations ou terrains sans occupant habituel ne sont manifestement plus entretenus, le maire engage de sa propre initiative la procédure de déclaration d'abandon manifeste. Elle débute par un procès-verbal provisoire, notifié aux propriétaires et publié pendant trois mois ; à l'issue de ce délai, un procès-verbal définitif est dressé et le conseil municipal saisi.

Ce que cela change pour vous

Depuis la loi 3DS du 21 février 2022, la procédure n'est plus limitée au périmètre d'agglomération : elle peut viser des parcelles rurales. C'est un outil que les communes antillaises mobilisent de plus en plus.

Lire le texte sur Légifrance

Comment ces fiches sont établies

Chaque texte a été relevé sur Légifrance, puis relu une seconde fois pour vérifier le numéro d'article, sa version en vigueur et la fidélité du résumé. Dernière vérification le 22 septembre 2026.

Ces fiches restent une présentation générale du droit applicable. Elles ne constituent pas une consultation juridique et ne tiennent pas compte des particularités de votre dossier : un testament, une donation antérieure ou une convention d'indivision changent la donne.

Nous consulter

Votre situation relève-t-elle de l’un de ces textes ?

Les informations transmises servent uniquement à traiter votre demande. Voir notre politique de confidentialité.

Nos coordonnées